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07-12-2006

Le gavage des oies et canards n’est pas un phénomène naturel


A 2 semaines de Noël, c’est tout 'naturellement' que la promotion du foie gras s’intensifie. Il faut dire que le marché à de quoi faire saliver avec les 18 500 tonnes annuelles de foie gras produites, dont une grande majorité est consommée autour des fêtes de fin d’année.
Pour rassurer certains consommateurs sur le sort des canards d’élevages, les promoteurs du foie gras assurent que le gavage forcé ne fait que reproduire un phénomène naturel. En effet, selon eux, en préparation de leur migration, les palmipèdes sauvages se gavent eux-mêmes pour stocker abondamment des graisses dans leur foie. La démonstration peut sembler possible mais c’est passer outre deux contre-vérités scientifiques.

Tout d’abord, le canard d’élevage, appelé 'mulard', est issu du croisement entre un canard de Barbarie (non migrateur) et une cane domestique. Il a hérité le caractère génétique dominant non migratoire du mâle, donc il est faux de dire qu’à l’état sauvage cet animal se gaverait pour un voyage imaginaire.

D’autre part, si pour Alain Tamisier (ornithologue spécialiste des oiseaux migrateurs au CNRS) il est effectivement vrai que les migrateurs stockent de l’énergie sous forme de graisses, ces réserves n’atteignent pas le foie. Ce surplus de graisse est emmagasiné essentiellement sous la peau, et principalement au niveau de la poitrine, assurant ainsi une protection contre le froid, une distribution équilibrée de la surcharge pondérale, et une utilisation rapide des réserves énergétiques par les muscles lors du vol. Certes, cette graisse est également présente autour des viscères dont le foie, mais en infime quantité et en aucun cas dans le foie lui-même.

Le gavage ne peut donc en aucun être comparer à un phénomène naturel. Le foie gras est la résultante d’une suralimentation forcée, contraire aux besoins alimentaires de l’animal. Pour preuve, en 1998 déjà, un rapport du Comité scientifique de la Commission Européenne concluait que le foie gras était en fait un foie hypertrophié, au fonctionnement altéré, d’un oiseau atteint de stéatose hépatique (1)…
L’argument de la filière foie gras apparaît donc des plus fantaisistes et marketing.
Cécile Fargue

1- La stéatose hépatique est l’accumulation d’une graisse appelée triglycéride, dans le foie. Cliniquement elle se caractérise par un foie douloureux et augmenté de volume.

 
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